Le théâtre comme tentative d’accession à sa liberté intérieure
Exemple d’un atelier mené par Nicole Charpail auprès de détenus



« Créer un acteur en se déplaçant de 1m50 de sa chaise de public, être un personnage tandis qu’on ne dispose ni de costume ni même encore de texte, créer une scène théâtrale – espace sacré- dans une fosse équivalente à deux cellules, se concentrer sur ce genre d’objectif tandis qu’on est obnubilé par la vitre d’où la pénitentiaire z’yeute (au demeurant bien moins souvent qu’on y z’yeute soi-même) ne se fait pas en claquant des doigts. Cette bizarrerie ne nous est apparue qu’à cause d’un nombre considérable de consignes de jeu auxquelles il fallait répondre à chaque fois qu’on avait le moindre truc dire. Y compris quand on avait rien à dire d’ailleurs. Au début, pour certains, avec rien à dire et aucune raison d’être là, la seule visite acceptée des consignes de jeu a renvoyé ceux-là malgré eux au constat de leur indiscutable présence. Pire, chaque transgression de consigne a été considérée comme une réponse possible à la consigne. C’est le filtre par lequel on regarde : et si tout était théâtre ? Qui nous fait nous positionner sur ce théâtre qu’on voit ou qu’on ne voit pas, puis celui qu’on veut ou qu’on ne veut pas. Mais plus le piège de la scène s’est resserré, plus celui de la réalité (des choses, des faits, des relations) à laquelle on croyait devient relatif. La personnalité qu’on croit avoir, le rôle, le destin, l’identité même deviennent relatifs, s’estompent en arrière plan de cette indiscutable présence qui au début nous échappe entièrement. La question qui nous talonne depuis le début est le « quoi foutre avec tout ça qu’on serait » : un tout énorme dont on dispose subitement en même temps qu’un rien au regard qui nous occupe. Certes, c’est assez rigolo d’avoir saisi qu’on pouvait être tout cela et son contraire mais du coup on a saisi aussi qu’on serait plus jamais intrinsèquement rien de rien, tant qu’on ne savait pas ce qu’on voulait en faire – sur la scène- en présence d’un Autre que nous, un Autre qu’on ne peut même plus choisir en fin de course, le travail se corse, fini les copains solidaires : les spectateurs seront au final des inconnus. On comprend mieux à présent la première question qui nous fut posée au tout début – qui s’est suivie d’un grand silence respectueux ponctué de grosses « esclaffades » - et pour laquelle on a griffonné ce qui nous passait par la tête en se demandant si l’intervenante n’était pas un peu frappée : que me reste t’il à représenter de ma/notre condition à mes semblables avant de mourir ?
La première réponse de Nono à la question de départ fut : « je vous emmerde tous ».

Telle qu’elle s’est du moins manifestée, cette réponse avait le mérité de ne point dérober son auteur à la question et de se situer clairement son rapport aux autres, c’est donc de notre point de vue un excellent départ pour un chemin de création.
Un peu plus tard, suite à différents travaux expérimentaux de tous ordres, Non voulait maintenant absolument jouer en solo un surveillant qui se regardent dans le miroir et devient invisible dès qu’il enlève sa veste d’uniforme. Effrayé par cet événement, le personnage parle avec son miroir qui le renvoie à son inexistence, se gausse de lui. On n’entend pas le discours du miroir mais seulement les réponses du surveillant. Nono rappelle que pour le représentation il lui faudra une veste bleue marine à laquelle on greffera nous-mêmes des petites barrettes. Il dit qu’il veut que le surveillant qui verra cela étouffe de honte et de rage.

Encore un peu plus tard, Nono ne joue plus un surveillant mais un homme à qui il arrive le même événement. Le dialogue avec le miroir est devenu très riche, en texte mais surtout en registres d’émotions du fait que Nono en passe par différents « adverbes relationnels » grâce sans doute aux expériences qu’il a faites et qui l’amusent bien, avec les travaux sur « la physiologie de la relation ».
Il souhaite maintenant une veste bleue, bien carrée mais sans barrettes. Il dit maintenant qu’il voudrait que n’importe quel homme qui possède ou vise un statut social de pouvoir se reconnaisse dans ce personnage, que l’acteur a compris parfaitement son malheur, son oppression de surveillant, mais que si c’est un surveillant con, il faudrait qu’il se sente très mal.

Je me contente de rappeler à Nono qu’il n’aura pas un public constitué de surveillants mais constitué essentiellement de détenus et d’une douzaine de personnes extérieures, quelles sortes de personnes, plus un surveillant ou deux maxi, isolés probablement en haut de la « chapelle » (sauf à ce qu’on les invite à se rapprocher de nous ce qui n’est pas garanti d’une réponse positive, d’ailleurs qu’en pense-t-on ?). Nous débattons dans le groupe de savoir si nos propres expériences en tant que spectateur (théâtre, cinéma, télé) nous indiquent si une personne est en mesure de se reconnaître consciemment dans une image négative qu’on lui renvoie. On parle de projection et de la catharsis. On convient qu’il nous arrive presque toujours de nous identifier ici ou là, profondément ou superficiellement par goût pour le jeu mais qu’il est très rare qu’un con se reconnaisse dans sa propre connerie, ce qui déstabilise un peu Nono. Je lui dit qu’il peut faire ce qu’il veut, mais qu’il faudrait qu’il précise son intention : veut-il donner une leçon au spectateur, veut-il le faire réfléchir, veut-il se venger, est-il plus attaché à livrer un message quelconque ou attaché au contraire à la sorte de regard qu’on poserait sur lui, etc. Que veut-il qui change après son passage ? On parle aussi de progression dramatique, di conflit dramatique.

Nono travaille encore. La scène qu’il jouera, est à peu près la même que celle décrite précédemment mais son regard dans le précédent miroir invisible est vissée maintenant sur les spectateurs-miroir. Le personnage qu’il joue va jusqu’à se rebeller dans son miroir cette fois multiple, le « je vous emmerde tous » réapparaît au demeurant par la voix de ce personnage pourtant antagoniste a priori à la personne de Nono, cherche Qui il peut bien être, enlève, remet, laisse prendre sa veste. A la fin, il la laisse à terre et dit : « aidez-moi » avant de venir se rasseoir dans les spectateurs.
Nono n’a pas reçu la moindre induction de ma part quand au sens que devrait prendre cette scène. Seuls les travaux parallèles sur le corps, la voix, les masques d’autorité et leur contraire, un farfouillage de textes divers sur la question des relations de pouvoirs, des impros multiples traitant du sujet mais par d’autres voies, les questions et réactions des spectateurs en répétitions ont fait chemin avec lui. »

La prison métaphore, le théâtre comme tentative d’accession à sa liberté intérieure, Nicole charpail.


 

Les sorties culturelles du Foyer
Ce texte a été publié dans la revue du foyer de Grenelle


A Paris, l’offre culturelle est vaste, variée, permanente ; Il suffit de consulter L’Officiel des spectacles pour le constater. Mais un français sur cinq seulement bénéficie de cette offre culturelle, et des enfants ne sont jamais allés au cinéma ou au cirque, des adultes n’ont jamais vu une pièce de théâtre ou de concert.

Certes, la télévision permet aujourd’hui d’accéder à un grand nombre d’évènements, et en cela elle concourt à établir une forme d’égalité. Mais un film vu sur le petit écran de la télé, encore réduit par les bandes noires et haché par des interruptions publicitaires, ne provoque pas les mêmes émotions que le même film vu au cinéma sur un écran panoramique, en dolby stéréo et dans une salle sombre. Et c’est bien de cela dont il s’agit : lire la suite

Le C.A.S.H. et Cultures du Cœur
Centre d’accueil et soins hospitaliers de Nanterre (C.A.S.H.)


L’expérience menée par Michèle Chang au Cash de Nanterre nous a semblé représentative d’un projet culturelle unique conçus avec les publiques les plus divers. Tout en relayant l’action de Cultures du Cœur Michèle Chang s’est régulièrement entourée d’artistes pour intégrer à des projets les plus ambitieux les publics du cash. Cet exemple confirme que même dans des situations extrêmement difficiles il est possible d’utiliser la culture comme un moyen de valorisation et de reconstruction.

Les origines du C.A.S.H. remontent à la maison de répression de Nanterre, crée en janvier 1873 pour extirper la mendicité, considérée comme un délit jusqu’en 1992.  lire la suite

Stéréotypes et « je » de miroir.
Séverine Lhez


De son expérience avec les gens du voyage, Séverine Lhez, enseignante à l’IUT Paris V (Carrière Sociale) tire une réflexion riche sur les questions d’interculturalité et de médiation culturelle.

Lors des sessions de formation que propose Cultures du Cœur cette expérience de terrain a tout particulièrement retenu l’attention des travailleurs sociaux qui accueillent des primo-arrivants et des populations étrangères.

Ici encore nous parlions des représentation de chacun, de valorisation de la culture de l’autre, de dépassement des a priori et des appréhensions pour travailler sur la sortie culturelle en tenant compte des origines et de l’histoire des publics concernés.
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Consultez ces documents audio, de certains de nos intervenants, enregistrés lors de nos modules de formation.


Hélène CAUBEL
La compréhension des oeuvres et le plaisir
La médiation culturelle des trocs
Une définition du médiateur
1 exemple de médiation : Jean Villar
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Marie-Claude NOIRAN
Une définition de la médiation culturelle
Méthodologie d'un projet de médiation culturelle
Médiation culturelle et rapport à la société
Méthodologie : un travail d'équipe
Médiation culturelle / travail sur la sensibilité
1 outil de la médiation culturelle : la connaissance de l'autre
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Michèle P
ROTOYERIDES
Pourquoi la culture
Méthodologie et objectifs de la médiation culturelle
1 clef : préciser où on se situe en tant que médiateur culturel
La culture : un besoin fondamental
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L’expérience de Mains d’Œuvres
Hélène CAUBEL


Mains d’Œuvres est un lieu dédié à l’invention artistique, culturelle et sociale. Il est situé en périphérie de Paris, à Saint-Ouen, ville marquée par l’histoire industrielle. Mains d’Œuvres a officiellement ouvert ses portes en janvier 2001 dans l’ancien centre social et sportif de l’équipementier automobile Valeo, vide depuis plus de sept ans.

Nous entamons donc notre quatrième année de fonctionnement mais nous nous inscrivons dans la lignée d’un mouvement qui a une vingtaine d’années et qui ne cesse de s’amplifier ; mouvement qui consistait initialement en la réhabilitation de friches industrielles ou militaires en lieu dédié à la culture.  lire la suite