L’accès au symbolique
Nicole Charpail


« Le théâtre, dans son fondement, propose à la PERSONNE de savoir de devenir PERSONNAGE en passant par L’ACTEUR. Personnage acteur personnage, ou le devenir en va et vient de la théâtralité pourrait ressembler à : travailler au développement de la personne en jeu. En passant par l’acteur signifie en autre : en passer par l’agir et surtout en passer par L’ACCES AU SYMBOLIQUE, soit : en passer par le scène, là où L’ACTE sous le regard des autres prend un sens plus élargi, dirons-nous pour simplifier. Dans un raccourci magistral et parfois détonnant, le théâtre de l’Opprimé propose à la personne de devenir “l’acteur” de sa propre vie ”Il propose donc à l’individu de travailler au personnage qu’il veut devenir sur la scène de la réalité, au sujet d’être protagoniste de sa propre histoire et par voie de conséquence, à“l’opprimé” nous pouvons tous en être –de se fondre avec L’ARTISTE. Il s’agit donc bien pour cet acteur là d’être aussi metteur en scène de ses productions. ( …)

Mais le théâtre de l’opprimé c’est aussi le chemin qui permet d’en arriver là : à la constriction de cette scène initiale, inspirée de ma propre existence et dans la quelle j’appelle L’AUTRE à intervenir, donc aussi le lui rend possible. (…)

Il s’agit donc de passer d’une souffrance qui ronge à une souffrance qui transforme, soit : de proposer aussi à celui qui s’est trouvé dans le “dépit de soi” (pour reprendre une citation de Claude Lagrange) devenir protagoniste d’un changement qui se prépare puisque j’appelle l’autre à le chercher avec moi. (…)

Une des choses qui ont été remarquées pendant le stage, c’est à quel point ce que quelqu’un peut croire être sa problématique personnelle résonne chez les autres, à quel point aussi une problématique générale ne peut pas être abordée théâtralement sans l’histoire d’un seul pour point de départ. Sans la vérité du sentiment vécu, sans l’expérience intime, le sentiment général n’arrivera ni à s’exprimer, ni à s’incarner, ni à se transposer sur la scène. Point d’analyse générale sans regard aigu sur le particulier. On passe donc du privé au public, du personnel au politique, du singulier à l’universel et inversement. (…)

EN CONCLUSION de cet article qui n’est en rien exhaustif sur cette forme de travail, j’insisterai sur le fait que ce passage de l’acte dramatique de celui qui ose nommer sa propre souffrance est avant tout un passage par l’art. Et donc aussi un passage par la “sublimation”. Si le théâtre est souvent aussi un miroir, le théâtre de l’opprimé est une proposition de franchissement du miroir qui a commencé lorsque Augusto Boal, s’apercevant que les artistes ne pouvaient pas continuer de faire semblant de s’engager à la place des citoyens, se devaient de proposer aux citoyens de devenir des artistes. Le théâtre de l’opprimé n’est pas le théâtre du malheureux ni le théâtre du malheur. Il est une proposition de faire du politique depuis l’intimité même de sa place dans la vie privé. Chacune de nos petites vies, nous l’avons vu, concerne le grand tout et c’est un théâtre d’espoir que celui qui propose à chaque individu, quel qu’il soit, d’être un des artistes de la destinée commune. »



Nicole Charpail, Passage par l’acte, Invitation à la pensée et le théâtre de l’opprimé.

 

Quand la culture rencontre l’action sociale
Réflexions à partir de quelques exemples de terrain

Sylvie Rouxel

L’intégralité de ce texte a été originellement publié dans le numéro 4 de la revue Cédias sur les émergences culturelles. Nous en reprenons la majeure partie avec l’accord de son auteur Sylvie Rouxel et de la revue Cédias.

Cette contribution tente de mettre en avant l’articulation entre les actions culturelles et artistiques et l’action sociale. J’ai été amenée à réfléchir à ces questions aussi bien dans mes recherches que dans le cadre de la préparation d’un nouveau diplôme délivré par le Conservatoire national des arts et métiers le « Bachelor responsable de projets collectifs en insertion, option : insertion par la culture », diplôme de niveau bac +3.  lire la suite
Le voyage de l’acteur

« Il y a “expression théâtralement juste” au moment où la personne en jeu se trouve enfin en L’ETAT d’accueillir dans son âme et son corps la DESTINEE d’un autre - personnage- non plus dans l’idée que celle-ci va modifier seulement son propre DEVENIR mais parce que l’accomplir à vue peut transformer le DESTIN de ceux qui la REGARDENT.
Lorsque quelqu’un me demande si je pense que l’expression théâtrale peut l’aider à “aller mieux” ou lorsqu’il me l’affirme, je lui demande alors : pour QUI, pour QUOI voulez-vous aller mieux ? Le théâtre est un service du travail social est un travail dont l’objectif est avant tout politique et spirituel (comme il est – où devrait l’être – sur le terrain culturel). Du profondément intime (la personne) à l’universel (le personnage), il y a un grand voyage “analogique” où la pratique théâtrale questionne depuis son apparition au monde... lire la suite

Conséquences esthétiques des pratiques artistiques sur le terrain de « l’exclusion ».

Il peut arriver que l’attention même portée au parcours individuel d’une personne en difficulté d’accès à un processus de création (difficulté qui relève fréquemment d’un difficile accès à sa propre scène symbolique), que cette attention donc, passionnément portée à la personne plutôt qu’à l’urgence d’une production dite pertinente, entraîne pour l’artiste qui fait cet accompagnement, la découverte d’un paramètre nouveau dans ce qui fonde notre relation aux processus, et donc des créations nouvelles. Alors on peut dire que dans ces cas, les apparentes difficultés d’une personne, son apparente inadéquation au projet sont devenues les jalons de la création et ceux d’une proposition qu’elle initie de façon absolument authentique...
lire la suite

Recherches sur la culture
Yvon Laplante s'attaque à l'exclusion culturelle


Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication sociale.

La plupart des gens pensent que la culture est acquise et facilement accessible pour l'ensemble des citoyens, et que la participation ou non aux activités culturelles relève d'un choix personnel. Cependant, pour Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication sociale de l'Université du Québec à Trois-Rivières, la réalité est tout autre. L'exclusion culturelle, au même titre que l'exclusion sociale, est un phénomène bien présent dans notre société contemporaine, où l'offre de culture passe par une idéologie purement libérale. Regard sur une problématique encore méconnue.  lire la suite

 

Intervention sur la médiation culturelle
Pascal Le Brun-Cordier

professeur associé (PAST) à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne


(ce texte reprend des passages d'une tribune "Rebond" que j'ai publiée dans Libération en 1998.)

Il y aura quarante quatre ans, l’Etat français s’est doté d’une politique culturelle. Son fondateur, André Malraux, en avait défini l’objectif principal : “Rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre possible de français”. Cet objectif de démocratisation, parce qu’il légitime l’intervention publique dans la culture, fut rappelé par tous les successeurs de Malraux. Mais il n’a jamais été atteint.  lire la suite

De l’Education Populaire à la Démocratie culturelle
Jean-Michel Leterrier, dans Panser ou repenser la culture ?


Cette affaire autour d’un pseudo échec de la démocratisation culturelle n’en finit pas d’agiter le petit monde du landerneau culturel. L’essoufflement constaté des pratiques et des comportements culturels s’explique par de nombreuses raisons. La fracture, la séparation de l’éducation populaire et de l’action culturelle en est certainement la plus déterminante.

Tout le monde y va de son petit couplet, mais si cela peut conduire à « Repenser » la culture ne ratons pas ce précieux rendez-vous.
 lire la suite

 

Entre ordinaire et extraordinaire,
le musée lieu d'apprentissages

Michèle Protoyerides



Des cycles de découverte du musée ont été mis en œuvre pour des jeunes connaissant des difficultés sociales. Ceux-ci ont été expérimentés dans la durée -de trois à une dizaine de séances pour plusieurs groupes dans différents musées d'art- et dans la diversité des propositions au sein du même cycle: conférences sur les œuvres, rencontres avec des artistes, pratique artistique de l'écriture ou de la photographie en lien avec les œuvres. On s'aperçoit alors que les jeunes trouvent là des références qui sont les leurs et qu'ils sont ainsi amenés progressivement à construire leurs propres modes d'approches, à en concevoir de nouveaux.  lire la suite