Conséquences esthétiques des pratiques artistiques sur le terrain de « l’exclusion ».

Il peut arriver que l’attention même portée au parcours individuel d’une personne en difficulté d’accès à un processus de création (difficulté qui relève fréquemment d’un difficile accès à sa propre scène symbolique), que cette attention donc, passionnément portée à la personne plutôt qu’à l’urgence d’une production dite pertinente, entraîne pour l’artiste qui fait cet accompagnement, la découverte d’un paramètre nouveau dans ce qui fonde notre relation aux processus, et donc des créations nouvelles. Alors on peut dire que dans ces cas, les apparentes difficultés d’une personne, son apparente inadéquation au projet sont devenues les jalons de la création et ceux d’une proposition qu’elle initie de façon absolument authentique. Alors seulement on peut dire que ce qui, vu par d’autres et sous un autre angle pouvait relever d’un travail « thérapeutique » par exemple, relève d’un travail de recherche artistique, philosophique, spirituel même. Pour ne citer qu’un exemple, le rapport parfois étrange ou qu’on penser a priori inopportun, que certaines personnes dites psychotiques entretiennent avec la position d’acteur et celle de personnage a profondément remis en chantier et en prospection mon propre travail personnel. Il a mis en évidence parfois des fondements oubliés du théâtre, il a mis parfois le doigt sur des processus névrosés qu’on tentait de maintenir. Encore faut-il se trouver, en tant qu’artiste, dans une position de disponibilité suffisante à devoir remettre en question ses propres poncifs de même qu’en capacité de reconnaissance de ce qui, dans les « contraintes et les cadres » proposés par la création, n’est pas de l’ordre du poncifs mais de l’ordre de l’impératif, soit : les données qui vont précisément autoriser ou libérer le processus de création et qu’il peut être cette fois très inopportun d’oublier au profit du psychologisme, de confondre avec le thérapeutique ou l’éducatif. De mon point de vue, c’est cette disponibilité comme cette capacité qu’il faut mettre en travail- car elles ne sont jamais acquises une fois pour toutes- et c’est ce travail qui véritablement se partage avec les populations concernées, et c’est un travail qui directement ou  indirectement relève finalement du politique au sens d’une réflexion permanente sur ce qui  animent nos conceptions éthiques, spirituelles, existentielles, relationnelles, citoyennes. C’est en ce sens et uniquement dans ce sens qu’il est possible de dire que si une visée « thérapeutique » ne doit en aucun cas être confondue avec une visée artistique (la première étant susceptible –pas forcément- de vouloir remettre une norme en vigueur, la deuxième jamais –dans le principe-), certains lieux de santé mentale (de même que certains lieux de santé sociale) ont cependant pu occasionner, par l’accueil qu’ils ont  fait aux artistes, une tension vers l’essentiel de ce qui devrait animer la recherche artistique, tension dont on sait qu’elle a disparu souvent des lieux officiels de l’art. A ce titre on voit même de « grands » artistes ne contribuer qu’à une malpropre hygiène mentale. Ainsi il a pu arriver que l’art propose une remise en question  du politique, et ainsi il a pu arriver que certaines conceptions du soin ou du social remettent en question certaines conceptions de l’art. De même qu’un chat aime se lover dans le tiroir ou sur la pile de papiers qui n’étaient pas du tout prévus à cet effet plutôt que dans son panier, ou de même que l’amour circule rarement là où on déclare qu’il se trouve, de même que …, etc, la tension créatrice et poétique n’est pas tenue pour exister de se connaître et de se revendiquer absolument comme telle (c’est même souvent le contraire) et si celle-ci, en tous les lieux cités précédemment depuis l’hôpital ou la prison jusqu’au Centre Dramatique National demeurera et doit demeurer finalement toujours clandestine, cependant le laboratoire de pensée qu’elle occasionne doit en effet se faire connaître, se signifier, se préserver, se développer, se défendre des récupérations, se faire reconnaître comme absolument indispensable et laborieux TRAVAIL.

Nicole Charpail
(extrait : « des théâtres de l’autre » Ed. Acoria)
 

Quand la culture rencontre l’action sociale
Réflexions à partir de quelques exemples de terrain

Sylvie Rouxel

L’intégralité de ce texte a été originellement publié dans le numéro 4 de la revue Cédias sur les émergences culturelles. Nous en reprenons la majeure partie avec l’accord de son auteur Sylvie Rouxel et de la revue Cédias.

Cette contribution tente de mettre en avant l’articulation entre les actions culturelles et artistiques et l’action sociale. J’ai été amenée à réfléchir à ces questions aussi bien dans mes recherches que dans le cadre de la préparation d’un nouveau diplôme délivré par le Conservatoire national des arts et métiers le « Bachelor responsable de projets collectifs en insertion, option : insertion par la culture », diplôme de niveau bac +3.  lire la suite
Le voyage de l’acteur

« Il y a “expression théâtralement juste” au moment où la personne en jeu se trouve enfin en L’ETAT d’accueillir dans son âme et son corps la DESTINEE d’un autre - personnage- non plus dans l’idée que celle-ci va modifier seulement son propre DEVENIR mais parce que l’accomplir à vue peut transformer le DESTIN de ceux qui la REGARDENT.
Lorsque quelqu’un me demande si je pense que l’expression théâtrale peut l’aider à “aller mieux” ou lorsqu’il me l’affirme, je lui demande alors : pour QUI, pour QUOI voulez-vous aller mieux ? Le théâtre est un service du travail social est un travail dont l’objectif est avant tout politique et spirituel (comme il est – où devrait l’être – sur le terrain culturel). Du profondément intime (la personne) à l’universel (le personnage), il y a un grand voyage “analogique” où la pratique théâtrale questionne depuis son apparition au monde... lire la suite

L’accès au symbolique

« Le théâtre, dans son fondement, propose à la PERSONNE de savoir de devenir PERSONNAGE en passant par L’ACTEUR. Personnage acteur personnage, ou le devenir en va et vient de la théâtralité pourrait ressembler à : travailler au développement de la personne en jeu. En passant par l’acteur signifie en autre : en passer par l’agir et surtout en passer par L’ACCES AU SYMBOLIQUE, soit : en passer par le scène, là où L’ACTE sous le regard des autres prend un sens plus élargi, dirons-nous pour simplifier. Dans un raccourci magistral et parfois détonnant, le théâtre de l’Opprimé propose à la personne de devenir “l’acteur” de sa propre vie ”Il propose donc à l’individu de travailler au personnage qu’il veut devenir sur la scène de la réalité, au sujet d’être protagoniste de sa propre histoire et par voie de conséquence, à“l’opprimé” nous pouvons tous en être –de se fondre avec L’ARTISTE. Il s’agit donc bien pour cet acteur là d’être aussi metteur en scène de ses productions. ( …)  lire la suite

Recherches sur la culture
Yvon Laplante s'attaque à l'exclusion culturelle


Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication sociale.

La plupart des gens pensent que la culture est acquise et facilement accessible pour l'ensemble des citoyens, et que la participation ou non aux activités culturelles relève d'un choix personnel. Cependant, pour Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication sociale de l'Université du Québec à Trois-Rivières, la réalité est tout autre. L'exclusion culturelle, au même titre que l'exclusion sociale, est un phénomène bien présent dans notre société contemporaine, où l'offre de culture passe par une idéologie purement libérale. Regard sur une problématique encore méconnue.  lire la suite

 

Intervention sur la médiation culturelle
Pascal Le Brun-Cordier

professeur associé (PAST) à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne


(ce texte reprend des passages d'une tribune "Rebond" que j'ai publiée dans Libération en 1998.)

Il y aura quarante quatre ans, l’Etat français s’est doté d’une politique culturelle. Son fondateur, André Malraux, en avait défini l’objectif principal : “Rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre possible de français”. Cet objectif de démocratisation, parce qu’il légitime l’intervention publique dans la culture, fut rappelé par tous les successeurs de Malraux. Mais il n’a jamais été atteint.  lire la suite

De l’Education Populaire à la Démocratie culturelle
Jean-Michel Leterrier, dans Panser ou repenser la culture ?


Cette affaire autour d’un pseudo échec de la démocratisation culturelle n’en finit pas d’agiter le petit monde du landerneau culturel. L’essoufflement constaté des pratiques et des comportements culturels s’explique par de nombreuses raisons. La fracture, la séparation de l’éducation populaire et de l’action culturelle en est certainement la plus déterminante.

Tout le monde y va de son petit couplet, mais si cela peut conduire à « Repenser » la culture ne ratons pas ce précieux rendez-vous.
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Entre ordinaire et extraordinaire,
le musée lieu d'apprentissages

Michèle Protoyerides



Des cycles de découverte du musée ont été mis en œuvre pour des jeunes connaissant des difficultés sociales. Ceux-ci ont été expérimentés dans la durée -de trois à une dizaine de séances pour plusieurs groupes dans différents musées d'art- et dans la diversité des propositions au sein du même cycle: conférences sur les œuvres, rencontres avec des artistes, pratique artistique de l'écriture ou de la photographie en lien avec les œuvres. On s'aperçoit alors que les jeunes trouvent là des références qui sont les leurs et qu'ils sont ainsi amenés progressivement à construire leurs propres modes d'approches, à en concevoir de nouveaux.  lire la suite