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le
voyage de l’acteur
« Il y a “expression théâtralement
juste” au moment où la personne en jeu
se trouve enfin en l'état d’accueillir
dans son âme et son corps la destinée
d’un autre - personnage- non plus dans
l’idée que celle-ci va modifier
seulement son propre devenir mais parce
que l’accomplir à vue peut transformer
le destin de ceux qui la regardent.
Lorsque quelqu’un me demande si je pense
que l’expression théâtrale peut l’aider
à “aller mieux” ou lorsqu’il me
l’affirme, je lui demande alors : pour
qui, pour quoi voulez-vous aller mieux ?
Le théâtre est un service du travail
social est un travail dont l’objectif
est avant tout politique et spirituel
(comme il est – où devrait l’être – sur
le terrain culturel). Du profondément
intime (la personne) à l’universel (le
personnage), il y a un grand voyage
“analogique” où la pratique théâtrale
questionne depuis son apparition au
monde le devenir de l’être humain.
Pénétrer le terrain de la “maladie”
mentale et sociale ne consiste pas pour
moi à me solidariser indifféremment avec
l’humaine souffrance mais avec un projet
(pressenti). L’artiste part toujours de
souffrance, il travaille avec elle. La
sienne et celle de l’autre sont
exactement les mêmes. Aller là où
certains se trouvent en situation
d’échec au point que leur psychologie,
leur physiologie ou leur citoyenneté en
sont atteintes, c’est aller tout
simplement rencontrer la pierre
d’achoppement où chacun de nous va, de
toute façon, buter un jour ou l’autre.
La société moderne qui ne semble plus
avoir d’autre idéologie que celle de la
santé, est la même qui s’est perdue dans
le labyrinthe des questions
existentielles. Aucune religion, aucune
science, aucune philosophie ne pourront
plus – à long terme- nous affirmer quoi
que ce soit concernant l’ordre ou le
sens du monde. Dans ce contexte, la
pratique artistique qui, de mont point
de vue, appartient a tous et qui est une
recherche permanente, constitue un outil
permettant à l’homme de se relier au
monde. Elle ne repose que sur
l’expérience vécue ou la rencontre
perpétuellement rejouée avec la matière.
( …)
Dans la démarche de travail de l’acteur
que je mets en place, les “basculements”
sont rares, en tous cas jamais brutaux,
et cela uniquement grâce au fait que ce
“voyage” de l’acteur est extrêmement
lent et constamment accompagné en
séance. En réalité, ce qui peut
ressembler à un basculement se produit
hors séance, là où la personne
mériterait d’être accompagné de façon
tout aussi vigilante ce qui en séance
peut préfigurer un basculement est très
concrètement repérable et parfois par
les patients eux-mêmes. La façon dont je
reçois alors la difficulté d’un acteur à
se situer entre la personne et le
personnage n’est pas semblable à celle
du soignant. De mon point de vue ( de là
où je regarde), très souvent, un
participant n’est pas tant en train de
subir une confusion qu’en train de
l’entretenir, soit pour questionner,
soit parce qu’y renoncer lui fait
craindre plus ou moins consciemment des
changements pour lui-même extrêmement
bouleversants. Parfois pour les deux
raisons. Ce que je dis n’est pas une
interprétation mais quelque chose qui
s’affirme au niveau du jeu. Souvent même
des patients parviennent à formuler leur
difficulté ou leur inquiétude. Le
frottement de deux réalités dans les
quelles évolue l’acteur est
effectivement extrêmement troublant et
pas seulement pour un patient
psychotique. La question de l’acteur
n’est pas de se débarrasser de ce
trouble mais d’apprendre comment le
supporter et même comment le signifier,
car ce trouble est au fondement de ce
qu’on pourrait appeler l’alchimie
dramatique. Par conséquent ce n’est pas
tant le basculement qu’il faut craindre
que la non capacité qu’on aurait – en
tant que thérapeute – à plonger soi-même
dans une eau tumultueuse. Pour cela,
chacun doit effectivement apprendre à
connaître ses propres limites. Mais il
faudrait une fois pour toute admettre
que le travail artistique commence à
l’endroit où on prend un risque. (…)
Dans son mouvement qui conduit la
personne (je suis) vers l’acteur (je
suis pour et par les autres) vers le
personnage (je deviens un autre :
universel), le dispositif théâtral met à
vue et à nu, en même temps qu’il
concrétise, le dispositif de la
conscience humaine. De mon point de vue,
le théâtre offre par cette étonnante
concrétion (et symbolisation) un accès
au mouvement de cette conscience. ( …)
Le regard du spectateur m’oblige, en
tant qu’acteur, à me regarder faire (à
être conscient) en temps qu’il m’amènera
à devoir travailler sur moi-même. Mon
expression ne peut plus être n’importe
laquelle mais répondre aux voix de la
communication esthétique. Cette mission,
politique et spirituelle, est cela même
qui peut ouvrir une porte vers un
thérapeutique possible. (…)
La transformation de la personne n’a pas
ici pour objectif unique une meilleure
adéquation de la personne au monde mais
le changement du monde. Ce changement du
monde en passe évidemment parfois par
une meilleure adéquation de la personne
à ce qui l’entoure. Mai qu’en est-il de
l’idée qu’on se fait de l’adaptation ou
de l’inadaptation ? Le théâtre ne
propose pas une idéologie mais un outil
de connaissance. Boal dit a juste titre,
il me semble : « Connaître, c’est déjà
transformer.» Il faut noter que dans le
dispositif de l’accompagnement de
l’acteur, le travail “thérapeutique”
n’est pas“secret ”, ne se fait pas en
aparté. Le “savoir” du thérapeute
artiste est toujours destiné à être
partagé, voire confronté et remis même
en question. Ce qui n’est pas remis en
question, ce qui fait la loi, c’est la
communication esthétique et cela tout ce
qu’elle enduit de contraintes ou
d’exigences. La transformation de la
personne ne se fait pas dans le seul
projet “d’aller mieux ” mais dans la
nécessité d’une sublimation de son
expression en rendre l’âme visible. (…)
En rencontrant une personne qui
s’explique plus ou moins en en
rencontrant une personne qui hurle, le
pourquoi elle ne dit rien ou le pourquoi
elle crie n’est pas plus important à
considérer – d’un point de vue
artistique – le pour quoi (dire au plus
grand nombre) elle se tait ou crie. En
ce sens, la première phase du travail
pour accéder au personnage (universel)
consiste à parvenir à se considérer soi
même comme personnage de sa vie (pour
quoi je suis ou fais).
En rencontrant la maladie mentale ou
sociale, ce que je rencontre de la
personnalité devient alors une
problématique dont la particularité est
qu’elle rejoint celle posée
inlassablement par le processus de
création artistique. Du point de vue du
travail de l’acteur, il s’agit, une fois
de plus, de questionner l’abîme d’une
conscience devant lequel certain n’ont
pas les moyens de faire semblant de
n’avoir pas le vertige. Est-ce cette
question qui est subversive ?
L’expression artistique des “exclus” ne
dérangerait personne dès lors qu’elle
pourrait se contenir dans le limites où
l’ordre social en demeurait inchangé, où
l’idéologie de la santé continuerait
d’appartenir au pouvoir médical et où
l’expression théâtre telle qu’elle s’est
culturellement développée continuerait
d’appartenir à l’élite des théâtreux. A
ce titre, l’artiste est le premier à
devoir bien vouloir bouleverser ses
propres poncifs. Dans la création, le
procès du regard amène l’ouverture. Tout
ce qui fait échec au mouvement en abîme
et infiniment créatif de ce regard (tout
ce qui enroue ce mouvement) concerne
bien la difficulté de l’acteur comme
celle de la personne dans sa vie. A ce
titre, les personnes rencontrées en
terrain d’exclusions me semblent
concernées par ce travail de l’acteur
autant que ce travail est concerné et
enrichi par elles. C’est bien la raison
pour la quelle il n’est pas intéressant
de se situer du côté du savoir mais à
l’intérieur d’une recherche commune.
L’acteur est quelqu’un qui doit
s’approprier l’outil théâtral dans ses
fondements et qui crée lui-même une
complexification de l’outil.
L’expérience théâtrale avec des
populations désignées comme étant en
difficulté a elle-même enrichi ma propre
expérience sur le terrain du théâtre.
Toutes les classifications de l’artiste
intervenant (artiste, thérapeute, art
thérapeute) me semblent ainsi très
difficiles, parce qu’inutiles, à
envisager. »
Nicole Charpail, le voyage de
l’acteur.
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Quand la culture rencontre l’action sociale
Réflexions à partir de quelques exemples de terrain
Sylvie Rouxel
L’intégralité de ce texte a été originellement publié dans le numéro 4 de
la revue Cédias sur les émergences culturelles. Nous en reprenons la
majeure partie avec l’accord de son auteur Sylvie Rouxel et de la revue
Cédias.
Cette contribution tente de mettre en avant l’articulation entre les
actions culturelles et artistiques et l’action sociale. J’ai été amenée à
réfléchir à ces questions aussi bien dans mes recherches que dans le cadre
de la préparation d’un nouveau diplôme délivré par le Conservatoire
national des arts et métiers le « Bachelor responsable de projets
collectifs en insertion, option : insertion par la culture », diplôme de
niveau bac +3. lire
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Conséquences esthétiques des
pratiques artistiques sur le terrain
de « l’exclusion ».
Il peut arriver que l’attention même
portée au parcours individuel d’une
personne en difficulté d’accès à un
processus de création (difficulté
qui relève fréquemment d’un
difficile accès à sa propre scène
symbolique), que cette attention
donc, passionnément portée à la
personne plutôt qu’à l’urgence d’une
production dite pertinente, entraîne
pour l’artiste qui fait cet
accompagnement, la découverte d’un
paramètre nouveau dans ce qui fonde
notre relation aux processus, et
donc des créations nouvelles. Alors
on peut dire que dans ces cas, les
apparentes difficultés d’une
personne, son apparente inadéquation
au projet sont devenues les jalons
de la création et ceux d’une
proposition qu’elle initie de façon
absolument authentique...
lire la suite |
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L’accès au symbolique
« Le théâtre, dans son fondement, propose à la PERSONNE de savoir de
devenir PERSONNAGE en passant par L’ACTEUR. Personnage acteur personnage,
ou le devenir en va et vient de la théâtralité pourrait ressembler à :
travailler au développement de la personne en jeu. En passant par l’acteur
signifie en autre : en passer par l’agir et surtout en passer par L’ACCES
AU SYMBOLIQUE, soit : en passer par le scène, là où L’ACTE sous le regard
des autres prend un sens plus élargi, dirons-nous pour simplifier. Dans un
raccourci magistral et parfois détonnant, le théâtre de l’Opprimé propose
à la personne de devenir “l’acteur” de sa propre vie ”Il propose donc à
l’individu de travailler au personnage qu’il veut devenir sur la scène de
la réalité, au sujet d’être protagoniste de sa propre histoire et par voie
de conséquence, à“l’opprimé” nous pouvons tous en être –de se fondre avec
L’ARTISTE. Il s’agit donc bien pour cet acteur là d’être aussi metteur en
scène de ses productions. ( …) lire
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Recherches sur la culture
Yvon Laplante s'attaque à l'exclusion culturelle
Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication
sociale.
La plupart des gens pensent que la culture est acquise et facilement
accessible pour l'ensemble des citoyens, et que la participation ou
non aux activités culturelles relève d'un choix personnel. Cependant,
pour Yvon Laplante, professeur et directeur du Module de communication
sociale de l'Université du Québec à Trois-Rivières, la réalité est
tout autre. L'exclusion culturelle, au même titre que l'exclusion
sociale, est un phénomène bien présent dans notre société
contemporaine, où l'offre de culture passe par une idéologie purement
libérale. Regard sur une problématique encore méconnue. lire
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Intervention sur la médiation culturelle
Pascal Le Brun-Cordier
professeur associé (PAST) à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne
(ce texte reprend des passages d'une tribune "Rebond" que j'ai publiée
dans Libération en 1998.)
Il y aura quarante quatre ans, l’Etat français s’est doté d’une
politique culturelle. Son fondateur, André Malraux, en avait défini
l’objectif principal : “Rendre accessibles les œuvres capitales de
l’humanité au plus grand nombre possible de français”. Cet objectif de
démocratisation, parce qu’il légitime l’intervention publique dans la
culture, fut rappelé par tous les successeurs de Malraux. Mais il n’a
jamais été atteint. lire
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De
l’Education Populaire à la
Démocratie culturelle
Jean-Michel Leterrier, dans Panser
ou repenser la culture ?
Cette affaire autour d’un pseudo
échec de la démocratisation
culturelle n’en finit pas d’agiter
le petit monde du landerneau
culturel. L’essoufflement constaté
des pratiques et des comportements
culturels s’explique par de
nombreuses raisons. La fracture, la
séparation de l’éducation populaire
et de l’action culturelle en est
certainement la plus déterminante.
Tout le monde y va de son petit
couplet, mais si cela peut conduire
à « Repenser » la culture ne ratons
pas ce précieux rendez-vous.
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Entre ordinaire et extraordinaire,
le musée lieu d'apprentissages
Michèle Protoyerides
Des cycles de découverte du musée ont été mis en œuvre pour des jeunes
connaissant des difficultés sociales. Ceux-ci ont été expérimentés dans la
durée -de trois à une dizaine de séances pour plusieurs groupes dans
différents musées d'art- et dans la diversité des propositions au sein du
même cycle: conférences sur les œuvres, rencontres avec des artistes,
pratique artistique de l'écriture ou de la photographie en lien avec les
œuvres. On s'aperçoit alors que les jeunes trouvent là des références qui
sont les leurs et qu'ils sont ainsi amenés progressivement à construire
leurs propres modes d'approches, à en concevoir de nouveaux. lire
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